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Le Festival POC à Marseille


Le week-end dernier, on pouvait voir dans mon quartier des passants déambuler nonchalamment le nez en l’air, un programme rose fluo à la main, soudain à l’arrêt devant un pas de porte, hésitant,  et franchissant finalement le seuil. Ils étaient les curieux que le Festival Poc (Portes Ouvertes Consolat) avait réussi à attirer : des gens du quartier ou des gens d’ailleurs, intéressés par les arts plastiques, la musique, la danse, la vidéo ou la littérature. Ils furent accueillis avec hospitalité par les artisans, artistes, commerçants, galeries d’art, associations, collectifs, professionnels ou amateurs du quartier. Petit compte-rendu de mon parcours du POC, inévitablement incomplet, forcément orienté vers les lieux de création liés à la littérature et au livre.


POC : Portes Ouvertes Consolat

Samantha, une passante sachant s'arrêter

C’était la septième édition du POC et ça se voyait : une organisation bien huilée, des animations, des expositions, des performances et des spectacles partout, en continu et pour tous les goûts, une chaîne youtube Poc Inlive, une page facebook super active, un tweetwall, bref un festival qui conciliait les usages : les échanges in situ et virtuels. L’Association POC, qui promeut les arts plastiques (par le biais également de la Galerie d’art Andiamo, d’ateliers et par ailleurs de guinguettes),  était donc le chef d’orchestre de cette belle manifestation.
Cours Joseph Thierry et Galerie Andiamo : QG du festival


Mon parcours débuta Bvd National, samedi après-midi, au Cyberk@rtié qui accueillait les membres du collectif d’artistes « La Maison bleue ». Ce lieu propose un accès à internet, des cours d’informatique et de la réparation d’ordinateurs. Dix-huit personnes avaient participé à un atelier d’écriture en observant les peintures et dessins exposés. Quand je suis arrivée, l’étape de la mise en page des textes avait déjà commencé, retransmise en direct sur les murs du local. Le collectif regroupe des photographes, vidéastes, plasticiens et des poètes et auteurs qui s’auto-éditent. Après avoir feuilleté leur production, je suis repartie avec un petit recueil de poèmes illustré intitulé Désir. Une première rencontre aussi sympathique qu’inattendue…

Exposition du collectif La Maison bleue dans les locaux de Cyberk@rtié


Mise en page in situ des textes de l'atelier d'écriture

Production éditoriale de La Maison bleue

En remontant le boulevard Longchamp, je me suis arrêtée chez Martin Kimmel, qui a créé La Casina, une association de création littéraire et théâtrale. Les visiteurs pouvaient y observer ses curieux poèmes-objets et peintures d’inspiration surréaliste. L’artiste proposait également des lectures de textes d’André Breton dans son beau jardin.
En poursuivant mon chemin, rue Louis Grobet, j’arrivai à l’atelier de reliure de Céline Giordano, qui restaure des livres, crée des reliures artistiques et dispense des cours. Etaient exposés pour l’occasion ses propres réalisations, celles de ses stagiaires, ainsi que les pochoirs ayant servis à la création du livre d’art Jours obliques de Julie Dawid. L’auteure était elle aussi présente pour présenter son livre tiré en 10 exemplaires, relié par Céline Giordano avec un bel effet de gaufrage de la couverture, composé de belles figures fantasmagoriques rouges et noires sérigraphiées. Dans l’atelier, le public admiratif accordait toute son attention aux explications et quand je repassai le lendemain pour assister à la démonstration de broderie d’une tranchefile, le même intérêt concentré se lisait sur le visage des gens.


Atelier de reliure de Céline Giordano
Julie Dawid présentait son livre Jours obliques
Céline Giordano fait la démonstration de la broderie à la main d'une tranchefile
Mais en cette fin de samedi après-midi, je me dirigeai vers l’Atelier Tarente à deux pas. Il regroupe des artisans d’art et des artistes s’adonnant à la céramique, à la photographie, aux arts plastiques et à l’écriture. Une magnifique exposition de céramique contemporaine était proposée ce jour-là, ainsi qu’une lecture d’un texte de Jean-François Paillard édité chez Publie.net, Les Plus Belles Piscines du monde. L’acteur François Nicolas et le violoncelliste Emmanuel Cremer ont improvisé une lecture fort réjouissante, sous les yeux du public et de l’auteur qui s’est déclaré très heureux de cette interprétation. Je vous recommande au passage cette lecture de la déambulation verbale d’un narrateur qui tente d’écrire, n’y arrive pas, se heurte au langage, tel un naufragé du verbe ou un personnage de Beckett. Un très beau moment que cette performance !

L'Atelier Tarente (sur le mur de gauche on peut lire le texte des Plus Belles Piscines du monde)
"Travail en progrès" de la céramiste Domi Paillard
François Nicolas et Emmanuel Cremer interprétant le texte de Jean-François Paillard

Le lendemain dimanche, je me suis rendue à La Petite Edition, rue Léon Bourgeois, où l’auteur Xavier Le Floch et la peintre Solange Thaûst, qui exposait pour l’occasion, m’ont accueillie en m’offrant un recueil de poème. L’association édite des romans, de la poésie, des nouvelles et des essais à compte partagé (prise en charge des frais d’imprimerie par les auteurs). Implantée dans le quartier depuis un an (avant à la Belle de mai), elle a publié en une dizaine d’années environ 150 ouvrages. L’association propose par ailleurs une exposition par mois et quiconque passe de temps en temps dans cette rue a pu constater que ses portes étaient souvent ouvertes. 


Solange Thaûst et Xavier Le Floch à La Petite Edition
En descendant tout en bas de la rue Consolat, on arrivait à la Casa Consolat, où trois associations culturelles occupent les lieux : l’Art BookCollectif (promouvant le Livre-Echange), The B-Side (création et recherche sur le hip-hop africain) et Aglio, Olio e Peperoncino (cuisine italienne). Un joyeux mélange de centres d’intérêts et de motivations, qui pour l’heure donnait lieu à un brunch littéraire autour de l’auteur Nafi Nassim et de son livre De Kaboul à Marseille, voyage d’une afghane (Editions Auriane). Un témoignage émouvant et édifiant de l’auteur sur les années de guerre civile et internationale qu’a connu son pays.

Brunch littéraire à la Casa Consolat avec Nafi Nassim
discussion autour de son livre De Kaboul à Marseille

Un peu plus tard dans la journée, j'entrai rue Léon Bourgeois, dans le magnifique Atelier de Gabi Wagner, artiste d’origine allemande pratiquant la gravure expérimentale et dispensant des cours et stages de gravure. Elle proposait au public une démonstration de gravure à la pointe sèche dans le carton d’une brique de type Tertra Pak en guise de plaque, cette dernière étant ensuite encrée à l’aide d’une étoffe en tarlatane, puis placée sur un papier de type aquarelle humidifié dans une presse. L’impression obtenue a enchanté les nombreuses personnes présentes, qui n’étaient pas du tout pressées de quitter ce lieu si lumineux rempli de gravures fabuleuses à observer.


L'atelier de Gabi Wagner
Encrage de la plaque avec l'étoffe de tarlatane
Je continuai néanmoins mon petit parcours du POC en faisant un crochet par l’Afriki Djigui Theatri, rue d’Anvers le conteur Kélétigui  finissait de raconter l’histoire du Petit Bélier à un public d’enfants qui a fini sur la scène, chantant et dansant pour célébrer le Petit Bélier. Le théâtre promeut la culture africaine à travers la programmation de festivals de cinéma, de contes et des spectacles de musique, de danse et de théâtre. Encore un lieu dans lequel je n’avais pas encore osé entrer et que je suis bien contente d’avoir découvert.

Danse collective à la fin du conte du Petit Bélier à l'Afriki Djigui Theatri
A la sortie de l'Afriki Djigui Theatri

Ma pérégrination s’acheva par un passage dans les locaux de Résurgences, structure regroupant « des projets innovants dans les domaines de l’insertion professionnelle, de la culture [éditions Accatone] et de la recherche scientifique » inscrits dans une économie sociale et solidaire. Pour le POC, Résurgences avait mis en place une exposition appelée « Dit en passant » regroupant des photos de messages écrits sur les murs de la ville et des commentaires leur faisant échos. Projet collectif mené entre autres par Sarah Schreiber qui m’expliqua que le but était de faire participer le public en l’invitant à scotcher à son tour un commentaire inspiré par le message de la rue, exercice auquel je me suis prêtée avec plaisir. Un super résultat visuel et poétique !



"Dit en passant" : l'exposition proposée par Résurgences
Une expo participative
Tant de découvertes dans une ambiance si décontractée… Que de belles créations, de gens dynamiques et de lieux uniques ! J’ai l’impression que mon quartier est plus « habité » que je ne le pensais et ça fait vraiment plaisir. Le POC donne l’occasion de nous en rendre compte en proposant aux passants que nous sommes de nous arrêter et de porter notre attention sur une culture vivante à un moment donné dans un lieu donné. Un dernier mot : merci pour l'accueil !

Commentaires

Anonyme a dit…
Merci Sophie! la maison bleue en première ligne ça fait plaisir. Ton article est clair et bien fait. C'est un plaisir!
Sophie a dit…
Thanks :) Ce fut un plaisir !