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La Grande Villa, Laurence Vilaine

La Grande Villa de Laurence Vilaine, paru aux éditions GaïaLa Nantaise Laurence Vilaine a écrit La Grande Villa en 2015, lors de son deuxième passage à La Marelle qui organise à Marseille des résidences d’écrivain (en plus de ses activités d’action culturelle et d’édition). Je me souviens d’ailleurs de l’avoir rencontrée lors d’un Cabinet des lecteurs où elle avait été invitée par Peuple & Culture, lors de sa première résidence marseillaise. À la rentrée de septembre 2016 a donc paru aux éditions Gaïa La Grande Villa, dont le titre fait référence à la Villa des auteurs de La Marelle La Friche) où elle a séjourné.

La Grande Villa : le lieu de la consolation

Ce texte, dont l’éditeur nous dit qu’il s’agit d’un roman, raconte la relation entre une femme et un lieu, ou plutôt leurs retrouvailles. Quand elle arrive, la narratrice vient de perdre son père. Les larmes, les pensées envahissantes, la mollesse du corps, l’impression de vacuité, l’écriture impossible... la Villa des auteurs l’aidera à y faire face en devenant un refuge. Dans cette retraite qu’elle s’accorde, dans la solitude, le deuil se fait petit à petit. Le dialogue avec le père peut avoir lieu et des transmissions se faire. La villa, que l’auteure compare à une vieille dame, est en effet le lieu de la consolation : « Tu sais, la Grande Villa, c’est deux mains qui t’encadrent le visage. Pas un mot, juste deux mains comme un grand coquillage ouvert et tu te blottis dedans. »

Les mots disparus

Dans ce repli, la narratrice est paradoxalement absente et présente au monde. Les dialogues engagés ne peuvent avoir lieu que dans la solitude. Pourtant, parfois les mots se dérobent et l’auteure se déclare fatiguée de percer les mystères, alors le vide s’agrandit, et l’impression lui vient qu’elle n’aurait plus rien à dire. Mais c’est finalement dans ce silence que va s’opérer une alchimie qui lui permettra de retrouver le chemin de l’écriture. En s’exposant aux rayons du soleil, en caressant les feuilles du platane à la fenêtre, en faisant entrer la nuit dans sa chambre, en se sentant vivante au contact de ce monde extérieur vibrant, la narratrice retrouve sa voix et le dialogue avec le père reprend : « La nuit est là, entre le toit et les pattes des chats, au pied des fraisiers sur la paille, partout, jusque dans le cœur serré des dahlias. Et on dirait qu’elle veut prendre la parole. (...) Elle va chercher au plus profond, quelque chose qui s’éveille et s’étire, quelque chose qui monte si doucement que peut-être on n’entend pas. Elle va chercher ces mots-là, les jamais dits, qui viennent de si loin (...). »

L'écriture retrouvée

Suivent de magnifiques passages sur la joie de l’écriture retrouvée, sur la nécessité d’écrire avec l’absence, sur la respiration de la nuit, sur l’amour filial... La Grande Villa est un très beau texte — sensoriel — sur l’origine cosmique du souffle poétique. Court, le livre a pourtant du corps, une vraie épaisseur. On sent littéralement le travail d’écriture se faire, les mots s’extraire de l’informe et les lignes éclore, au fil des pages. Je peux vous l’avouer, maintenant : j’avais un peu peur d’ouvrir ce livre sur la mort du père. Mais j’avais tort, car chez Laurence Vilaine le récit de l’intime est toujours pudique, et surtout, à cette peinture du deuil est étroitement lié le thème de la création. L'écriture étant à la fois le moyen de conserver le lien avec le père disparu, et un antidote face à la mort, un élan vital.


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