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Le Waldgänger, Jeff Balek


La fin du monde n’est pas finie

Les mayas se sont trompés. Tant mieux. Bon, je sais, cette atmosphère millénariste avait une teneur romanesque assez stimulante. Mais la fin du monde n’a pas fini d’inspirer les créateurs de fictions. Cette semaine je vous propose la lecture du Waldgänger de Jeff Balek pour vous consoler de la fin de la fin du monde. Ce qui est génial avec ce roman feuilleton édité par Numériklivres, c’est qu’une fois tournée la dernière page de l’ebook du sixième épisode, l’aventure continue dans l’univers transmedia de Yumington concocté par l’auteur et la communauté qui s’est agrégée autour de son univers romanesque.



L’histoire

Le Waldgänger est « un proscrit islandais qui trouvait refuge dans les forêts. Quiconque le croisait pouvait l’abattre. » C’est le surnom de Blake, ancien membre du commando des forces spéciales. Alors qu’il est chargé de la protection d’une mission archéologique dans le désert, il est victime d’un mystérieux accident. A son réveil, il se découvre défiguré et détenteur de capacités sensorielles décuplées qui semblent liées à l’apparition d’une clé autour de son cou. Le retour dans le civil va s’avérer compliqué pour lui : pas encore conscient de ses super pouvoirs, il tue par accident le petit ami de sa fille. C’est le début d’un engrenage où Blake, embarqué dans un déchaînement de violence, et dont la nature impulsive l’oriente instinctivement vers la vengeance et la haine, devra apprendre la maîtrise de soi pour se sortir des manipulations orchestrées contre lui.

Une série dont il est d’abord le héros

Ce roman feuilleton a les attributs d’une série : construit en six épisodes comportant chacun une quarantaine de brefs chapitres, savamment scandés par de légères suspensions du récit prenant la forme de questions créant une attente de réponse, satisfaite au début du chapitre suivant. De multiples rebondissements et retournements de situation rythment le récit, des secrets sont parcimonieusement dévoilés. De nouveaux personnages apparaissent alors que d’autres quittent la série, mettant en relief la fidélité de ceux qui restent, comme Hasvérus le gardien de la clé ou Witson. A ce propos, j’ai  regretté le départ prématuré d’un intéressant personnage féminin car le potentiel de super-lover de Blake s’annonçait prometteur. Et puis surtout, on assiste au fil des épisodes, à une évolution en profondeur du personnage du Waldgänger. Ancien soldat, il va gagner petit à petit sa liberté en exerçant son libre-arbitre et en effectuant des choix. Au début, caractérisé par son impulsivité et sa colère, victime d’une véritable chasse à l’homme, il fait figure d’anti-héros solitaire n’ayant rien à perdre : « Je ne suis ni Batman, ni Superman. (…) Tous les autres pourraient crever, chaque quartier de cette ville pourrait  brûler, je n’en aurais rien à foutre. » Puis, initié à ses super pouvoirs, d’anti-héros, il passe au statut de bad super-héros, mutant, mâle, ténébreux, guerrier mais aussi justicier punk et même dépositaire d’une certaine morale.

Yumington, haut lieu romanesque

Dans Le Waldgänger, La Ville est le cadre d’un récit à haute teneur romanesque où il est question d’une clé d’Iskal permettant la transmutation de la matière, de fin du monde, de combats au corps à corps et de guérilla urbaine, de lignes de forces d’une réalité invisible au commun des mortels, d’un gouverneur inventant des attaques terroristes pour justifier des interventions militaires. C’est la grande réussite de Jeff Balek que d’avoir, avec La Ville, campé un décor vibrant et  hautement évocateur. La Ville est composée de plusieurs districts : Beach Bay et Dolltown réservées aux nantis et Yumington, d’où Blake est originaire. Yumington, la ville pauvre, avec ses bars louches et ses ruelles sombres, sa vie souterraine échappant à toute gouvernance. Les descriptions de cette ville portuaire par l’auteur sont d’une grande puissance onirique et lyrique, qui ménagent des pauses bienvenues dans ce roman d’aventure trépidant.


Une série dont vous êtes ensuite le héros

Le Waldgänger, ce « thriller fantastique transmedia » comme le décrit Jeff Balek est le premier volet des Chroniques de Yumington, comprenant également la twitter fiction AllSinners (Allez voir l’article explicatif sur le blog Tu Lis Quoi) et la nouvelle série de l’auteur  Les Enquêtes d’Ockham Stryker. Ces Chroniques sont la partie littéraire du travail de Jeff Balek, qui s’articule autour d’un univers transmedia plus vaste ayant pour socle commun un lieu imaginaire, le district de Yumington. Un contenu additionnel important est proposé au lecteur: un jeu interactif sous la forme d’un webdoc, une bande sonore orchestrée par le groupe Hopkins, le journal le Yumington Post (site Yumington), la YumingtonTV (You Tube), un musée (Steampunk museum sur Pinterest). Les médias sont variés et chacun apporte plus de crédibilité à la fiction qui devient de plus en plus palpable au fur et à mesure qu’on l’explore. Enfin, c’est un dispositif narratif en perpétuelle réécriture puisque toute une communauté s’est agrégée autour du projet de Jeff Balek, et participe à travers les Yumington stories ou l’expérience d’All Sinners, à un projet d’écriture continu. Les lecteurs sont devenus auteurs d’une œuvre éditoriale participative, d’une création partagée sur plusieurs médias et par plusieurs auteurs. Alors, bienvenue dans l’univers transmedia de Jeff Balek ! Vous n’êtes pas au bout de vos surprises…

Commentaires

JFG a dit…
Juste un petit mot pour préciser que la série Le Walgänger est édité par les Éditions Numeriklivres
Sophie a dit…
Oups, désolée, c'est un oubli de ma part, je vais rectifier. Merci ;)