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Le Festival CoLibris à Marseille

Le week-end dernier avait (aussi) lieu la cinquième édition du festival CoLibris consacré aux littératures d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud organisé par l’association La Marelle. Il y a des week-ends comme ça où on aimerait posséder le don d’ubiquité !

Un petit mot sur la Marelle : basée à La Friche La Belle de Mai, l’association a pour vocation d’organiser des événements littéraires (ce week-end à La Friche pendant les « 48 H Chrono » une performance d’écriture numérique live intitulée « Un Trajet Paris-Marseille », ou prochainement à la Bibliothèque départementale dans le cycle « Écrivains en dialogue » le 31 mai avec François Bon). L’association organise également des résidences de création d’auteurs.

Le festival CoLibris promeut les littératures d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale, et cette année son champ s’est élargi puisque les organisateurs ont souhaité inviter des « voix indigènes », c’est-à-dire des auteurs pratiquant les langues des premières cultures du continent américain (plus de deux cents actuellement pratiquées), et non plus seulement des auteurs de langue espagnole et portugaise. Les organisateurs ont retenu le terme « indigène » sur le modèle d’« indigena » en espagnol ou d’« indigenous » en anglais où les termes ont gardé le sens premier d’« originaire du lieu où il vit » et sont moins connotés qu’en français. Du coup, des auteurs d’Amérique du Nord et des Caraïbes ont aussi été invités pour multiplier les ponts entre les cultures et les résonances entre les langues...

Le beau stand de livre dans la galerie Art-cade

Les rencontres se sont déroulées à la galerie Art-cade (anciens bains douches à La Plaine). Je m’y suis donc rendue samedi et j’y ai découvert la poésie maya de Briceda Cuevas Cob. L’auteur était là pour parler de ses textes, accompagnée de sa traductrice française, Valentina Vapnarsky. Le public a pu entendre des lectures en maya puis leurs traductions françaises. Ce fut un beau moment d’échanges, parfois drôles, parfois émouvants. Le dimanche, j’ai assisté à la rencontre avec Joseph Boyden, auteur canadien charismatique d’origine cree (nation amérindienne) venu parler de son œuvre traversée par les questions de l’identité de la culture amérindienne. En tout, une vingtaine d’auteurs étaient invités sur les 3 jours.

Les anthologies éditée par le festival CoLibris

Une des particularités du festival, c’est qu’il édite des anthologies de textes, soit ceux d’auteurs invités dont les traductions sont inédites, soit ceux d’auteurs absents importants. L’année dernière avait paru En Marge de la frontière et cette année L’Avant-garde du monde. J’ai acheté les 2 car je voulais lire Briceida Cuevas Cob, dont on trouve plusieurs poèmes traduits dans En Marge de la frontière (en maya/français). Par ailleurs, si vous lisez l’espagnol, vous pouvez télécharger gratuitement son recueil de poèmes bilingues maya/espagnolTi'ubillil in nock'/Del dobladillo de mia ropa (pdf). 

Je veux vous dire deux mots de l’anthologie L’Avant-garde du monde pour laquelle j’ai eu un vrai coup de cœur. Coéditée avec la maison d’édition marseillaise Le Bec en l’air, elle regroupe 11 auteurs écrivant en espagnol, en maxakali, en guarani, en shuar, en kichwa, en mapudungun, et en garifuna. La plupart des textes sont des poèmes, mais il y a aussi une nouvelle, un conte traditionnel et un texte passionnant d’une anthropologue sur le travail de traduction. Les poèmes sont édités en langue vernaculaire avec leur traduction espagnole et française. Il faut s’amuser à essayer de lire à voix haute dans ces langues si lointaines ! Ce sont des textes beaux et puissants, traversés par des figures mythiques, maternelles, qui évoquent les humiliations subies à l’époque des « conquistodores », les coutumes des ancêtres, les forces telluriques, les divinités, mais aussi des sentiments universels.

Je referme le livre et je comprends mieux son titre. Dans cette anthologie, on lit une littérature encore jeune historiquement, encore ancrée dans l’oralité, dans les chants, les légendes et les mythes. Des voix qui viennent à peine de trouver une forme écrite, qui sont encore bruissantes et chahutantes sur la page. Des voix qui pourraient raconter le monde d’une nouvelle façon ? Qui pourraient donc constituer cette littérature d’avant-garde…

Un dernier mot sur la belle sélection d’ouvrages proposée au public par les librairies du Prado et L’Atinoir (qui en tant qu’éditeur proposait aussi les livres de son catalogue).

Ah là là, que de découvertes... Marseille 2013 capitale de la culture, te voilà ! Attention, on va en prendre plein les mirettes !

(Mai 2012)

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