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Une Traversée de Buffalo : lecture-performance de F. Bon et D.Pifarély

J’ai pu assister récemment à une lecture-performance de François Bon et Dominique Pifarély intitulée Une Traversée de Buffalo. La rencontre avait lieu à la Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône (en accès libre, sur réservation). Elle faisait partie du cycle « Écrivains en dialogue » (organisé par La Marelle), dont le but est de mettre en relation un texte avec une voix, de la vidéo, de la musique, etc. Ici, on avait donc le texte et les images de François Bon et le violon et la table de mixage de Dominique Pirafély. François Bon est écrivain (Le Tiers-livre), éditeur (Publie.net), et un peu saltimbanque. Dominique Pirafély est violoniste et compositeur. Les deux artistes sont liés par leur goût commun pour l’improvisation.

La BDP dans le 3e arrondissement à Marseille

Sur scène, des fils, des écrans, et dans les mains des performeurs une tablette numérique et un violon. Derrière eux défilent des images de Google Earth de la ville américaine de Buffalo, dans la région des Grands Lacs. À la base, Une Traversée de Buffalo est de l’écriture web lisible sur le blog de l’auteur, où on accède aux microfictions en cliquant sur les images (une version PDF pour l’impression est également à la vente sur Publie.net). François Bon interprète donc une succession de textes courts, fictifs, portant les voix de personnages qui pourraient avoir habité la ville dans un temps ancien, un temps d’avant une supposée catastrophe (métaphore de la désindustrialisation de la région ?). On est en pleine science-fiction : dans le monde décrit, on n’est plus sûr du chemin, on suicide les affaires des gens pour les empêcher de se suicider, les objets n’ont plus de pérennité, on ne dort plus, car l’industrie des loisirs fonctionne en continu… Visiblement les choses ont mal tourné.

Diaporama de Buffalo via Google Earth

Parfois, la voix de François Bon, passée par la table de mixage, devient métallique, le ton se fait alors monocorde, la syntaxe s’emballe, les voix des personnages sont comme automatisées, le sens des mots s’étiole… La fin du monde est advenue et les voix de l’ancien temps témoignent, à moins qu’il ne s’agisse que d’enregistrements ? Une atmosphère un peu inquiétante s’installe, augmentée ou tempérée par les sons électroniques et les sons du violon de Dominique Pifarély. Les deux artistes improvisent chacun leur partition. Ils ont des repères et surtout ils maîtrisent leurs langages respectifs, ce qui leur permet d’introduire de l’aléatoire dans leur performance et de présenter au public une création originale, comme ils nous l’ont expliqué à la fin.


Une Traversée de Buffalo : lecture-performance de Françoise Bon
François Bon interprètant son texte

Derrière, les images de la ville vue du ciel la montrent lointaine, symétrique, tentaculaire. Les rails et les highways ressemblent à des fils électriques, la chaire de la terre est comme à vif sur les images des travaux, les pavillons par milliers, identiques, ressemblent à des circuits imprimés. Les bâtiments, dans leur fonctionnalité crue, sont presque futuristes. Et surtout, l’homme est absent sur les images de Google Earth, d’où l’impression d’un monde déserté, abandonné. Et pourtant ces images sont belles, nous y sommes habitués en fin de compte, elles suscitent aussi la rêverie et questionnent sur l’habitat et le paysage urbain.

Dominique Pifarély interprétant sa partition
Dominique Pifarély interprétant sa partition

À la fin du spectacle, au cours du dialogue avec le public, François Bon a été surpris par la réception qu’une dame en a faite. Cette dernière a trouvé le monde dépeint effrayant. Il lui a répondu qu’il était attaché à ces paysages. Curieux de décalage. À la réflexion, le décalage provient peut-être de ce fameux dialogue entre les médias dont il était question au début. Cette microfiction polymorphe — visuelle, textuelle, musicale, orale — est dans sa totalité une œuvre de science-fiction inquiétante, une fiction finie dépassant les médias utilisés pour la créer, et ce que chacun d’entre eux véhicule habituellement échappe même à la perception que ses auteurs en ont. Autrement dit, le dialogue fonctionne.

Je sors, dehors, des enfants jouent, dansent, crient sur la belle esplanade de la bibliothèque, l’air est léger, la ville est belle... 

Bibliothèque départementale des Bouches-du-Rhône
L'esplanade de la bibliothèque, au fond : le silo et le port de la Joliette
(Juin 2012)

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