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Les Joueurs, Stewart O'Nan

Une personne très chère m’a offert Les Joueurs de Stewart O’Nan pour mon anniversaire. C’est son écrivain américain préféré. Je ne le connaissais pas, il en est pourtant à sa dixième publication aux éditions de l’Olivier !

Le tout pour le tout à Niagara Falls

Les Joueurs raconte l’histoire d’un couple d’Américains moyens, Art et Marion (la cinquantaine, deux grands enfants), dont la situation financière s’est brutalement détériorée. Ils sont en faillite, et décident d’aller tenter le tout pour le tout dans les casinos des Chutes du Niagara, le lieu même où ils passèrent leur lune de miel trente ans plus tôt. À la fin de ce week-end, ils entameront une procédure de surendettement ou pourront prendre un nouveau départ…

Une critique sociale sur fond de crise financière

Stewart O’Nan dépeint avec beaucoup de justesse et d’ironie les préoccupations de la classe moyenne américaine et comment la crise financière est venue perturber son quotidien. Le passage racontant la chute sociale et l’endettement tient sur un seul chapitre, passionnant et trop court, dans lequel Art tente d’analyser la situation : « L’erreur, songea-t-il plus tard, avait été de penser que le monde continuerait à fonctionner au jour le jour comme eux le faisaient. » Mais l’essentiel de l’histoire se passe aux Niagara Falls, lieu de réunion mondial d’un tourisme de masse, où les activités requièrent de faire des queues interminables, même devant les chapelles où on se marrie à la queue leu leu. Pourtant, si critique sociale il y a, elle est teintée d’une certaine indulgence à l’égard des personnages, à la manière de Carver, observateur, mais non juge de ceux qu’il décrit.

Au jeu de l’amour et du hasard…

Car ces derniers essayent : malgré tout ce qu’ils ont raté ou gâché, Art et Marion sont bien là pour (re) tenter leur chance. Leur couple bat de l’aile, ils ont évoqué le divorce, enfin surtout elle, car lui voudrait la reconquérir. Stewart O’Nan excelle dans la description des déceptions et agacements réciproques de ce couple où chacun voit son reflet dans le regard de l’autre et voudrait parfois s’en détourner. Art a le sentiment de porter seul le poids de leur situation financière et tente désespérément de donner le change, quitte à forcer son optimisme. Marion est fatiguée de devoir s’accorder en permanence pour être à la hauteur de cet élan. Mais au cours de ce week-end, les règles sont simplifiées : jouer le jeu, rester unis et croire en leur chance et en eux-mêmes ou attendre le naufrage et repartir seul…

Attention suspense !

En résumé, j’ai savouré cette comédie domestique sans bouder mon plaisir, notamment grâce à la justesse de ton et d’analyse des caractères par l’auteur. Une belle découverte donc, qui s’achève brillamment dans un suspense insoutenable, où il faut empêcher son regard de loucher vers la dernière ligne !


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