Accéder au contenu principal

Super triste histoire d'amour, Gary Shteyngart

J'ai adoré Super Triste histoire d'amour (éditions de L'Olivier/Points), si bien que sitôt fini, j'ai acheté l'autobiographie de Gary Shteyngart récemment parue en poche, pour retrouver le style plein d'humour et d'intelligence de l'auteur.

Super triste histoire d'amour de Gary ShteyngartUne histoire d’amour dans un roman d’anticipation

Ce roman d'anticipation raconte l'histoire d'amour entre le vieillissant Lenny Abramov, fils d'immigrés russes juifs, « coordinateur de la prospective » aux Services post-humains de la Staatling-Wapachung Corporation (une entreprise new-yorkaise proposant l'immortalité à de très riches clients), et la belle et jeune Eunice Park, fille d'immigrés coréens catholiques, ayant abandonné ses études. Ils vont tomber amoureux et traverser de multiples épreuves. Le roman est composé en alternance de passages du journal de Lenny et de la correspondance d'Eunice. Procédé particulièrement efficace pour rendre compte du point de vue de chacun sur leur relation, et pour donner à lire, en creux, leurs histoires individuelles.

Et l’Amérique s’effondra...

Au-delà de l'intérêt romanesque lié à cette histoire d'amour, le roman de Gary Shteyngart réunit tous les ingrédients d'un bon roman d'anticipation : dans une Amérique chancelante, où le yuan a remplacé le dollar, il ne fait pas bon vieillir, être émotif ou encore s'intéresser aux livres — autant de défauts dont est affligé Lenny. À New-York, chacun est muni d'un äppärät, objet connecté permettant de scanner le profil de toute personne croisée et ainsi d'avoir accès à toutes les données la concernant. Des poteaux de Crédit affichent la situation financière des passants dans la rue, et la principale activité des citoyens consiste à consommer. Mais au cours d'un sanglant coup d'État orchestré par des pays étrangers, le régime autoritaire qui dirigeait d'une main de fer le pays va tomber, et avec lui les positions que les membres de la société à laquelle appartenait Lenny tenaient. C'est également ce que raconte le roman : ce basculement d'une époque à une autre, le sentiment de perte et de désorientation qui suit un épisode historique traumatique.

La question centrale de la mort

Au milieu de cette situation de plus en plus incertaine et chaotique, les personnages paraissent parfois empêtrés dans la passivité et l'impuissance. Pourtant, ils vont évoluer. Eunice, plutôt vers plus d'opportunisme, et Lenny plutôt vers plus de sagesse (dans les grandes lignes). Au début du roman, Lenny est obsédé par sa peur de mourir, son but est de maintenir sa position sociale afin de pouvoir s'offrir un traitement empêchant son corps de vieillir. Petit à petit il aspirera à autre chose, cheminant courageusement vers l'acceptation de sa condition de mortel.

Un savant mélange de critique et d'humour

Mais la vraie saveur de Super triste histoire d'amour réside dans l'humour qu'a insufflé l'auteur dans son roman. Lenny est maladroit, vieillissant, émotif, fragile, mais il ne se départit que rarement de son optimisme et de son sens de l'autodérision. Super triste histoire d'amour associe ainsi un véritable point de vue critique et visionnaire sur la société américaine à une trame romanesque plus légère. Un grand plaisir de lecture !

Commentaires

Articles les plus consultés du mois

Démonstration de reliure Bradel en photos

Allez, cette semaine, je vous emmène en Vendée, on va se mettre un peu au vert, parce que bon, Marseille l’été, c’est un peu é-tou-ffant, non ? Voici donc un petit reportage photo dans l’atelier de Lina, relieuse amateur passionnée par la reliure et la broderie. Elle m’a laissée suivre la réalisation de la reliure Bradel d’un livre : Lélia ou la vie de Georges Sand d’André Maurois édité en 1952 par Hachette, acheté en brocante, il avait effectivement bien besoin d’une petite restauration.












Pour Lina, la reliure a commencé lorsque son amie Colette lui a donné une vieille presse et les outils qui allaient avec, puis elle a pris des cours de reliure et s’est améliorée au fil des années, grâce aux conseils de sa prof, à ses livres et à sa créativité. Elle affirme que son savoir-faire évolue et qu’il lui reste beaucoup de choses à apprendre.







Lina a effectué sous mes yeux un Bradel. Il s’agit d’une technique de reliure particulière caractérisée par l’emboitage du livre dans son fond grâce a…

DIY : mon carnet de notes en reliure japonaise

Aujourd’hui, travaux pratiques pour changer ! Parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même et parce que c’est plus beau, moins cher et écolo, j’ai fabriqué mon carnet de p’tites notes. Tout a commencé avec l’atelier de reliure japonaise proposé par L’atelier du tilde au festival CoLibris, puis je suis allée au salon de la micro-édition et du multiple à La Friche et j’y ai vu des carnets reliés à la japonaise réalisés avec tout un tas de papiers récupérés. Enfin, Valentine-spécialiste-de-l’art-du-papier m’a mis entre les mains un livre magnifique sur le sujet. Bref ! Tout ceci a attisé mon envie de do it myself mon carnet de notes.








Une Épidémie, Fabien Clouette

Je voudrais vous parler d’un petit texte qui m’a bien plu : Une épidémie de Fabien Clouette, paru à Publie.net. Le titre annonce la couleur, on est bien dans le genre de la littérature (post-)apocalyptique ou littérature catastrophe, symptomatique et exutoire des inquiétudes contemporaines et des désirs de changements. Ici, c’est une version soft et poétique du genre, en quelque sorte, mais qui parle d’un monde qui s’éteint, et de ce qui suit pour les survivants.