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Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre [De la survie dans l’après-Première Guerre]

Au revoir là-haut aura été un immense plaisir de lecture. Trois ans après son prix Goncourt, et dans la perspective de voir au cinéma son adaptation, je l’ai acheté à la (superbe) Librairie Passages, à Lyon, parce que sa couverture illustrée par le bédéiste Christian de Metter me plaisait particulièrement.


Un écrivain populaire

De Pierre Lemaitre, j’avais entendu dire qu’il écrivait des romans populaires, et allez savoir pourquoi ça avait plutôt éveillé ma méfiance que ma curiosité. Sur cette question, l’écrivain a déclaré l’autre jour à la radio (émission Boomerang) : « le roman populaire est un roman qui n’exclut personne. » Ça ne mange pas de pain... 

Une double intrigue

Bref, mes tergiversations se sont vite envolées à la lecture des premières pages d’Au revoir là-haut. On est embarqué dans ce roman de l’après-Première Guerre mondiale aux côtés de deux anciens poilus - Albert Maillard et Édouard Péricourt - qui vont tenter de survivre à Paris, dans un pays où le sentiment national est exacerbé, mais où les gueules cassées et les trumatisés de la guerre doivent désormais se débrouiller seuls. Une intrigue parallèle est développée de main de maître par l’écrivain, qui implique un capitaine (Henri d’Aulnay Pradelle) bien décidé à redorer le blason de sa famille aristocrate déchue, et ceci par tous les moyens...

Les gentils et le méchant 

En résumé, on a affaire à des personnages bien campés, appartenant à des classes sociales distinctes, où l’amitié d’une part, et l’avarice d’autre part constituent les principaux moteurs. On soutient passionnément les gentils et on voudrait voir tomber le méchant. Évidement, tout n’est pas si simple, mais la réalité charriant son lot de déterminismes et de conditionnements, aujourd’hui comme hier, Pierre Lemaitre joue précisément avec ces frontières sociales, avec ces lignes qu’on n’ose pas franchir ou qu’au contraire on domine, du haut de son piédestal. Et le résultat est assez jubilatoire. 

Des peurs et des larmes 

Enfin, je voudrais me souvenir du personnage d’Albert Maillard. De ses larmes, de ses peurs, qui en font quasiment un personnage comique, dans lequel on imagine bien l'acteur Albert Dupontel se glisser. Albert, c’est le perdant type, le gars qui a peur de son ombre, et pourtant...

Une gourmandise de 600 pages

Au revoir là-haut est un grand roman populaire, donc. Mais dont le rythme trépidant, la propension à être un page turner, ne sacrifient rien au style. La construction est parfaite, de brèves ellipses séparent des chapitres courts qu’on dévore avec empressement. L’écriture est nette et précise, sans fioritures. Et bonne nouvelle, les éditions Albin Michel  viennent de publier Couleurs de l’incendie, que Pierre Lemaitre aurait conçu comme le deuxième volet d’une trilogie. L’aventure continue !

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